Ce livre, écrit par Olivia Cattan, présidente de l’association SOS Autisme, a été publié le 24 septembre 2020. Le sujet est au cœur de l’actualité. En effet, une cinquantaine de médecins sont visés en ce moment par une enquête pour mise en danger d’autrui

La folie, les risques et dangers de certaines interventions sont bien mis en évidence par les experts qui sont interviewés. Cependant, la parole n’est pas seulement donnée à ceux qui relaient la parole scientifique, mais aussi aux promoteurs de méthodes non validées, et même à d’authentiques charlatans dont les arguments sont exposés parfois trop en détail à mon goût. Beaucoup de lecteurs tireront leurs propres conclusions en connaissance de cause plutôt que d’être guidés de façon trop paternaliste, en ayant conscience des vrais enjeux. Il n’en reste pas moins que certains seront séduits par les belles paroles des vendeurs d’illusions même s’ils sont fermement condamnés quelques lignes plus loin. A ce titre, ce livre n’est pas forcément à mettre entre toutes les mains. Je pense qu’il faut un certain bagage pour prendre des distances par rapport à tout ce qui est relayé.

Dommage qu’Olivia Cattan se focalise trop sur les fausses promesses de « guérison ». Les habiles discours d’autres promoteurs de pseudoscience ne sont pas moins dangereux. Ils parlent d’améliorer l’état des enfants autistes, diagnostiquant à presque tous de supposés troubles associés sur la base de tests douteux, pas validés pour cet usage ou d’hypothèses hautement improbables. Créer des postes d’ »autismologues » comme réclamé par l’auteur ne mettrait pas à l’abri de dérapages de ce type.

Si le rôle de responsables associatifs ou professionnels est pointé dans le livre, certaines dérives graves sont le fait de simples parents qui diffusent des fake news à très large échelle sur les réseaux sociaux, poussent des familles à des dépenses inconsidérées, les orientant vers des praticiens et des sites marchands très précis, à entreprendre des traitements lourds et prolongés sans justification ni suivi médical. Ils les incitent surtout à ignorer les effets secondaires des faux remèdes promus dans leurs groupes Facebook sous prétexte que ce serait bon signe. Il faut sortir du politiquement correct qui consiste à défendre ces parents à tout prix en passant sous silence leur lourde implication.

Je trouve personnellement dommage de mettre à l’index certaines approches uniquement parce qu’elles ne sont pas validées scientifiquement ou recommandées par la Haute Autorité de Santé. Ce qui peut poser un grave problème, le cas échéant, ce sont les promesses mirobolantes ou des pressions sur les familles pour investir du temps et de l’argent au détriment des approches reconnues. Par ailleurs, les interventions anodines en apparence, comme un simple régime, peuvent devenir une porte d’entrée vers des pratiques hautement abusives, le premier pas dans un engrenage.

Venir à bout de 14 ans de pratiques scandaleuses impliquant nombre de personnes de façon directe ou indirecte et tout un réseau de complicités, n’est certainement pas une tâche facile. Prétendre, avec Estelle, avoir été les « seules » à lancer d’alerte en niant en bloc l’engagement d’autres personnes, comme par exemple mes nombreux signalements dont je l’ai informée en détail, mon travail d’investigation dont elle s’empare, de façon très sélective, sans le moindre crédit ou remerciement… est une stratégie étonnante. C’est à se demander si l’objectif final de ce livre n’est pas une auto-promotion.

A lire aussi : La maman anonyme du livre, c’est moi https://debatbiomed.science.blog/maman-anonyme/